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Marc Dugain — Transparence

Dugain me rappelle Dugain, bien sûr, dans sa manière d’adopter la posture la plus naïve face aux enjeux de la « révolution numérique ». Dugain me rappelle Bellanger, aussi, dans sa manière de faire du sous-Houellebecq1. Houellebecq est un vrai servateur aux idées détestables, mais au moins sait-il construire un roman.

« Ce roman d’anticipation », dit la quatrième de couverture, « nous dévoile le monde de demain pour mieux nous révéler celui d’aujourd’hui ». Mais Transparence n’est pas un roman — c’est un long monologue de Dugain, caché derrière sa narratrice, une « Cassandre » fort convenue. Et Transparence ne dévoile ni n’anticipe — il est trop ancré dans le présent (qui est déjà passé), quand il critique Google et Trump, ou le libéralisme et l’Église catholique romaine, pour le faire.

En tournant les pages, on pourrait s’étonner de tomber sur le nom du Général. Il s’agit de convoquer la grandeur passée de la France pour mieux étriller ce futur président dont la seule ambition est d’enrayer l’expansion des « zones franches islamiques radicales ». Dugain se dévoile enfin : il ne craint ni l’intelligence artificielle, ni la rencontre de la technologie et de la biologie, ni le réchauffement climatique. Non, il abhorre l’altérité.

Une altérité qui disparaitrait avec la restauration d’un ordre chrétien mondial (non, vraiment). Évacués les Juifs et les musulmans, éliminés les politiques et les dirigeants des grandes entreprises, éradiqués tous ces « crétins » qui ne mériteraient pas d’être ressuscités. S’il voulait critiquer les prétendues causes de notre supposée déroute, Dugain ne pourrait pas s’y prendre d’une manière plus nauséabonde2.

J’aimerais dire que ce grand délire est mâtiné d’un vague scénario apocalyptique, mais le dénouement est prévisible après quelques pages. La fin en queue de poisson, qui se voudrait surprenante je suppose, convient parfaitement à ce « roman » raté. L’Homme nu était une sortie de route, Transparence est le crash qui devait suivre. (Oh et bon sang, la Blanche interdit-elle l’emploi des virgules ?)

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  1. Intéressant que les deux soient publiés dans la Blanche, cela dit en passant.

  2. Sa vision d’un futur apocalyptique comprend une présidente américaine dotée d’un pénis. Cela situe le niveau de la névrose du monsieur.

Couverture du livre Transparence